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Syrie : la théorie des Russes sur le complot de l'attaque chimique

Les mots sont forts. L'accusation grave. Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov dénonce, ce vendredi 13 avril, la "mise en scène" à laquelle auraient participé "les services spéciaux d'un Etat" dans l'attaque chimique présumée en Syrie la semaine dernière. Le chef de la diplomatie russe a déclaré lors d'une conférence de presse :

"Nous disposons de preuves irréfutables qu'il s'agissait d'une nouvelle mise en scène, et que les services spéciaux d'un Etat actuellement en première ligne d'une campagne russophobe ont participé à cette mise en scène."

Un peu plus tard, l'armée russe a, elle, accusé directement Londres d'avoir participé à la mise en scène de l'attaque chimique présumée.

 

L'armée russe a des "preuves qui témoignent de la participation directe de la Grande-Bretagne à l'organisation de cette provocation dans la Ghouta orientale", a déclaré le porte-parole de l'armée Igor Konachenkov, accusant Londres d'avoir exercé "une forte pression" sur les casques blancs syriens pour la mise en scène, selon lui, de l'attaque chimique présumée.

Cette accusation intervient en pleine guerre de communication entre Moscou et les puissances occidentales : le président américain Donald Trump a averti mercredi, dans une salve de tweets matinaux, de frappes imminentes en Syrie pour riposter à cette attaque présumée, tandis que la Russie, soutien indéfectible de Bachar al-Assad, brandit la menace de représailles. Mais pour l'heure, l'idée d'une intervention en Syrie tarde quelque peu à se concrétiser, malgré le soutien public et l'appui de la France et du Royaume-Uni. Dans l'intimité du bureau Ovale, le président américain continuait ce vendredi d'étudier avec ses conseillers les plus proches toutes les options militaires sur la table.

 

Intox et complot

Mais en Russie, la riposte est déjà enclenchée. Pour sauver le soldat Bachar, le régime a, semble-t-il, décidé de lancer une vaste opération de désinformation sur l'attaque chimique présumée du 7 avril à Douma, dans la région syrienne de la Ghouta orientale.

Les images d'enfants, allongés à même le sol, les yeux écarquillés et de la mousse blanche s'échappant de leur bouche ? Une scénographie, répond Moscou, qui tente de faire croire à une "intox" destinée à "protéger les terroristes" et à préparer l'idée d'une future intervention militaire des Occidentaux en Syrie. Les scènes effroyables de la Douma, largement diffusées par les ONG présentes sur place, sont systématiquement décortiquées et démontées par les pro-Assad (qui n'hésitent pas à relayer de grossières intox, comme le montent ici nos confères de France 24).

Dans le viseur des Russes ? Une ONG en particulier, celle des casques blancs, du nom de ces hommes qui, depuis le début du conflit syrien, secourent les blessés dans les zones rebelles. Ceux-là même qui ont alerté, en premiers, la communauté internationale de l'attaque aux "gaz toxiques", qui a fait, d'après plusieurs associations, des dizaines de victimes, dont des femmes et des enfants.

Les casques blancs sont ainsi accusés par Moscou d'être derrière cette "mise en scène". "Opérant uniquement dans les rangs des terroristes, les casques blancs ont une fois de plus mis en scène devant les caméras une attaque chimique contre des civils dans la ville de Douma", lançait mercredi le général russe Viktor Posnikhir. Sans surprise, l'armée russe assure n'avoir trouvé "aucune substance toxique", ainsi qu'aucun blessé en visitant l'établissement médical "qui figure sur les images des casques blancs".

Ne reniant en rien les vieilles méthodes KGBistes, Moscou utilise ses habituels relais de propagande. En tête de pont, Sputnik France a exhumé jeudi une vidéo présentée comme datant de mars dans laquelle on voit le chef d'Etat-major russe prononcer des "paroles prophétiques", dixit le site russophile.

Extraits :

"Aujourd'hui, nous disposons d'informations fiables concernant la préparation par des radicaux de la mise en scène d'une utilisation par les forces gouvernementales d'armes chimiques contre les populations civiles. A ces fins, dans plusieurs quartiers de la Ghouta orientale, ils ont rassemblé des figurants venant d'autres régions. Ce sont des femmes, des enfants et des vieillards qui devront jouer le rôle de victimes d'une intoxication par des produits chimiques. Des activistes des casques blancs s'y trouvent déjà ainsi qu'une équipe de tournage avec un équipement de vidéotransmission par satellite."

"D'après nos informations, après la mise en œuvre de cette provocation, les Etats-Unis prévoient d'accuser les forces gouvernementales syriennes d'avoir utilisé des armes chimiques, de présenter à la communauté internationale de prétendues preuves de la mort d'un nombre considérable de civils en les imputant au gouvernement syrien et aux dirigeants russes qui soutiennent celui-ci. En guise de représailles, Washington prévoit d'effectuer une frappe sur les quartiers gouvernementaux de Damas."

"Vous pouvez en tirer vos propres conclusions", lance Sputnik sur sa page Facebook.      

Une démonstration "prophétique", vraiment ? Ou une cynique récupération de Moscou dont le seul objet serait d'alimenter la théorie complotiste qui fait des Occidentaux les coupables tout désignés de "la mise en scène" de l'attaque de la Douma ? La séquence interroge et fait le bonheur des pro-Assad sur les réseaux sociaux.

Paris et Washington ont des "preuves" 

Si plusieurs plusieurs points d'interrogation subsistent encore sur les circonstances exactes de l'attaque, l'OMS a recensé dans les hôpitaux 500 patients présentant des signes et symptômes évoquant une exposition à des agents toxiques.

"Ont été constatés des signes de forte irritation des muqueuses, des problèmes respiratoires, et des perturbations du système nerveux central des personnes exposées", rapporte l'Organisation mondiale de la Santé. 

 

Comme Donald Trump avant lui, Emmanuel Macron a fait savoir jeudi, sur TF1, que la France avait "la preuve" que "des armes chimiques ont été utilisées par le régime de Bachar al-Assad".

Les inspecteurs de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) doivent arriver samedi matin en Syrie pour débuter leur enquête sur les lieux de l'attaque présumée. Avant même les conclusions de l'investigation, Moscou a déjà mis en doute l'impartialité de cet organisme, pourtant invité par la Syrie. L'OIAC devra établir s'il y a eu, ou non, utilisation d'armes chimiques, mais n'aura pas la possibilité d'enquêter sur l'origine de l'attaque.

Cette décision d’une exceptionnelle gravité a été décidée par Macron :

seul et en toute opacité, probablement après quelques conciliabules téléphoniques avec le président des États-Unis et la Première ministre britannique,
sur la base d’une accusation dénuée de toute preuve,
sur la base d’une accusation possiblement inventée de toute pièce par Washington, comme le furent les prétendues « armes de destruction massive » de Saddam Hussein en 2003,
sans aucun mandat de l’ONU,
en violation indiscutable du droit international,
et sans avoir obtenu l’aval préalable des parlementaires français, en vertu de l’article 35 alinéa 1 de la Constitution qui pose que « la déclaration de guerre est autorisée par le Parlement ».
Certes, le président de la République a invoqué l’article 35 alinéa 2 pour annoncer que « le Parlement sera informé et un débat parlementaire sera organisé, suite à cette décision d’intervention de nos forces armées à l’étranger ». Mais :

cette disposition ne figurait pas dans le texte d’origine de la Constitution de 1958 approuvée par référendum par 82% des Français ; elle n’y a été ajoutée qu’en 2008, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, par la loi constitutionnelle n° 2008-724 du 23 juillet 2008 dite « de modernisation des institutions de la Ve République », adoptée sans l’aval des Français, à leur insu, et par la procédure du Congrès.
sauf à vider complètement de sens l’alinéa 1, cette disposition de l’alinéa 2 ne saurait concerner que des interventions militaires à l’impact très limité, à vocation purement humanitaire (notamment pour venir au secours de citoyens français), et ne risquant pas de nous entraîner de facto dans une guerre frontale contre un pays souverain comme la Syrie, a fortiori dans une guerre avec la Russie.

 

Video il y a plus d'un Ans :

 

Quand la télévision russe prépare la population à la 3e guerre mondiale

Television russes

"10 conseils pour survivre à la WW3". Avec un peu d'ironie, ce pourrait être le titre de cette émission, longue de 5 minutes diffusée par une chaîne russe. Une longue séquence pleine de conseils pour survivre à la troisième guerre mondiale.

Après l’affaire Skripal et les menaces de Macron et Trump de balancer des missiles tous azimuts, autant se préparer à l’apocalypse. Et la séquence tourne très bien sur Youtube. On y voit le très sérieux présentateur télé de Rassiya-24 News, donner des conseils vitaux pour survivre à ce qui pourrait être la troisième guerre. 

Dans une Russie confrontée au doute, à un président au discours viril et aux vociférations de Donald Trump, les populations de l’Est ont toutes les raisons d’entendre ce genre de conseils. D'autant que le réseau de télévision 'Rassiya-24 News' estime les chances d'une guerre majeure assez élevées. La chaîne a donc fait œuvre de service public en réalisant un "bon à savoir" en cas de dérapage militaire.

À commencer par la nécessité de stocker de la nourriture dans un abri. "L'approvisionnement alimentaire dont vous avez besoin implique des priorités " intime le présentateur. Un stock d’urgence doit être constitué, qui contiendra des articles variés, avec "moins de bonbons et plus d'eau."

Le riz, c'est bon, les pâtes, c'est pas bon

Les téléspectateurs sont invités à donner la priorité au riz qui peut être conservé jusqu'à 8 ans. La farine d'avoine tiendra, elle,  3 à 7 ans. Mais oubliez le sarrasin qui ne se conserve qu’une année. On apprend encore que la viande résiste à 5 ans de mise en boîte, contre 2 ans seulement pour le poisson. Le sel fait également partie des aliments incontournables. Mais, curieusement, pas les pâtes, décriées par les experts "survivors" russes.

De l'eau, mais pas de chocolat

Mais tout cela ne servira à rien sans un grand stock d’eau. Mauvaise nouvelle, le chocolat ne fait pas partie de la liste. Car s’il fournit de l’énergie, il donne aussi soif. Ce qui serait un mauvais calcul si l’on veut pouvoir (sur)vivre des années enfermés dans un bunker en attendant que le nuage nucléaire laisse à nouveau darder les rayons du soleil. Une question quand même: où trouver les bunkers? Le présentateur parle de grandes surfaces, des piscines couvertes, etc. Ce catalogue alimentaire devrait être utile pour tous les habitants de la terre. Les Américains y ajouteront sans doute leur AR-15 équipé de quelques chargeurs.

Que pensent les Russes de tout cela?

Ce message apocalyptique semble pourtant laisser une partie de la population russe de glace. Les commentaires sur YouTube vont tous dans le même sens: "pourquoi chercher à survivre quelques mois de plus que le reste de la population. Et devoir s’entre-dévorer pour un litre d'eau?"

 

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