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La Chine étend son crédit social à l'international

Le vendredi, 07 mai 2021

Il a été officiellement annoncé en 2014 que le système de crédit social chinois fonctionne de mieux en mieux. En plaçant des caméras partout, en développant de plus en plus de codes QR et en incitant à la condamnation, le Parti Communiste Chinois (PCC) crée Le Meilleur des Mondes. Lors de la surveillance, le credo est: toujours plus loin, toujours plus haut et toujours plus fort. Aujourd'hui, tous les citoyens chinois ont été répertoriés et notés dans la base de données. Ce type de système de crédit social, généralement appelé «orwellien», a deux aspects: d'une part, nous avons une supervision personnelle, et d'autre part, nous avons une supervision d'entreprise.

Comment ça marche pour les citoyens?

Par exemple, en France, nous sommes habitués aux permis de conduire avec des points. Si vous exécutez le feu rouge, vous perdrez 4 points (si vous êtes attrapé).

Vous gagnerez des points en travaillant plus de six mois ou en payant des stages. Si vous êtes chauffeur de taxi, hôtelier ou simplement commerçant sur Internet, vous connaissez également le système de notation.

Soyez amical, les clients vous remercieront en évaluant correctement votre nom, ce qui vous donnera une meilleure réputation. D'un autre côté, si vous laissez une mauvaise impression pour une raison ou pour d'autres raisons, votre note sera très mauvaise et Dieu sait à quel point une note affectera l'opinion publique.

Maintenant, imaginez que ces systèmes soient étendus à tous les aspects de notre vie quotidienne. C'est difficile, mais c'est réel. Comme dans un jeu vidéo, votre score ne cesserait de varier en fonction de vos actions. Voilà la promesse du crédit social chinois :

Ce qui vous ferait gagner des points : donner votre sang, faire l'éloge du gouvernement, réaliser un acte "héroïque", prendre soin des personnes âgées, aider les plus pauvres, s'engager dans une oeuvre de charité, avoir un bon historique de crédit financier.

 

Ce qui vous en ferait perdre : tricher sur des jeux en ligne, participer à ce qui peut être considérer comme une secte, ne pas être sincère quand vous vous excusez pour un crime que vous avez commis, répandre des rumeurs sur Internet, poster des messages contre le gouvernement sur les réseaux sociaux, ne pas aller voir vos aînés régulièrement, protester illégalement contre les autorités, commettre des infractions routières.

Ce dont vous pourrez bénéficier avec un bon score : la priorité pour des admissions scolaires ou professionnelles, un accès facilité à des emprunts bancaires ou des crédits, des locations de véhicules, un accès à des salles de sport, des transports en commun moins chers, des temps d'attentes moins longs à l'hôpital, une promotion accélérée au travail, pas de file d'attente pour l'accès au logement social, des taxes réduites.

Comment vous serez punis si vous avez un mauvais score : certains services sociaux vous serons refusés, les vols et les TGV vont seront interdits, vous n'aurez plus droit aux crédits, vous ne pourrez pas travailler auprès du gouvernement, vous n'aurez pas accès aux écoles privées.

La liste noire : si votre score descend trop bas, vous serez ajouté à la liste noire. Le gouvernement vous humiliera alors volontairement auprès du public en affichant votre nom, votre numéro d'identité et votre photo à la télévision ainsi que dans les espaces fréquentés. Aussi, ceux qui vous appelleront sur votre téléphone sauront grâce à un message automatique que vous faites partie de la liste noire. Entrer sciemment en contact avec une telle personne vous fait aussi perdre des points...

Ce modèle n'est pour le moment présent qu'en Chine.

 

Réplication du modèle des entreprises au Canada

Le système est tout à fait similaire pour ce qui est des entreprises. En évaluant les performances de cette dernière et en analysant plusieurs composantes (taxes, protection de l'environnement, droit de douanes, etc), le gouvernement peut ensuite récompenser les bonnes entreprises et punir les mauvaises.

L'année dernière, le Canada assurait que ce dispositif était prêt à être mis en place chez eux.

Aujourd'hui, à Vancouver, un restaurant de la chaîne chinoise Haidilao Hot Pot est pleinement opérationnel. Équipé de 60 caméras, deux à chaque table, l'endroit est prêt à accueillir ses clients, et à les surveiller en permanence. Ryan Pan, le responsable du restaurant, rapporte lui-même que les caméras sont installées "pour punir les citoyens qui n'adhèreraient pas aux choix de l'entreprise", assurant par ailleurs que "les données récoltées étaient ensuite transférées en Chine." Ainsi, le mode de vie chinois se répend à l'international car le PCC considère que ses citoyens doivent être surveillés même s'ils sont expatriés. De facto, cela leur permettra aussi d'avoir un oeil sur les Canadiens. Ce qui peut être inquiétant, c'est que les entreprises chinoises sont aujourd'hui très largement réparties à travers le monde. Les restaurants Haidilao à eux seuls sont présents à 935 endroits différents et comptent plus de 60 000 salariés.

 

La réponse canadienne

Si certaines personnalités canadiennes se sont vivement montrées contre ces installations, il se trouve que les lois actuelles du pays ne peuvent pas réellement empêcher les entreprises chinoises d'installer leurs caméras. Le ministre du Travail de Colombie-Britannique, Harry Bains, a été interrogé pour savoir s'il avait prévu de modifier les lois pour protéger les citoyens canadiens vis-à-vis de la protection des données, mais aussi des punitions qu'ils encourent. Lui, tout comme la ministre des Services aux citoyens Lisa Beare, espère simplement que les citoyens respecteront et adhèreront au système, qui se repose uniquement la Personal Information Protection Act (PIPA).

Le 9 février 2021, David Vigneault, le directeur du service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), assure au cours d'une déclaration publique que "la menace ne vient pas du peuple chinois, mais plutôt du gouvernement chinois qui poursuit une stratégie d'avantage géopolitique sur tous les fronts - économique, technique, politique et militaire - et utilise tous les éléments du pouvoir de l'État pour mener des activités qui constituent une menace directe pour notre sécurité et notre souveraineté nationales."

Malgré cette mise en garde, et des relations parfois tendues avec la Chine, Justin Trudeau ne semble pour l'instant pas opposé à l'insertion du modèle chinois au Canada.

La Chine, après avoir imposé au monde son modèle économique en seulement quelques années, propose désormais son modèle social fondé sur la surveillance permanente des citoyens, les récompenses et les punitions.

Les virus s'enchaînent... Après le SARS-Cov2, le prochain sera-t-il celui du contrôle social ?

 

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