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Les agriculteurs poursuivent le blocage des raffineries et dépôts de carburants ce lundi

Les agriculteurs poursuivent le blocage des raffineries et dépôts de carburants ce lundi

A5ec9feedb2832e4419f0097634bf1d9 les agriculteurs bloquent raffineries et depots de carburants partir de dimanche soir

Les agriculteurs poursuivent ce lundi leur mouvement de blocage, entamé la veille au soir, de plusieurs raffineries et dépôts de carburant à travers l'hexagone. Au total, neuf sites ont été bloqués dans la nuit et cinq autres étaient en passe de l'être ce lundi matin. Ce mouvement a été déclenché par l’autorisation donnée au groupe pétrolier Total d’importer de l’huile de palme pour faire tourner une de ses raffineries en France.

Pour trois jours reconductibles, les agriculteurs français ont lancé, dimanche soir, un mouvement de protestation contre l’importation de l’huile de palme pour faire tourner la bioraffinerie de Total à La Mède, près de Marseille.

Sous le mot-clé #SauvezLesAgri, le premier syndicat agricole, la FNSEA, appelle ses adhérents sur les réseaux sociaux à occuper 14 sites stratégiques.

 

 

À 22 h, dimanche, plusieurs dizaines d’agriculteurs ont également commencé à bloquer les entrées de la raffinerie de La Mède, censée reprendre ses activités cet été après 275 millions d’euros d’investissements pour la convertir aux biocarburants.

 

 

Dans la nuit de dimanche à lundi, les raffineries Total de Gonfreville-l’Orcher (Seine-Maritime), Grandpuits (Seine-et-Marne) et Feyzin, près de Lyon, ont été bloquées, selon un porte-parole de la FNSEA contacté par Reuters. De même pour les dépôts pétroliers du port rhodanien Edouard Herriot, du port du Rhin, de Vatry (Marne), de Lespinasse près de Toulouse, Coignières (Yvelines) et de Cournon (Puy-de-Dôme). 

À Strasbourg, « entre 130 et 140 » agriculteurs du Bas-Rhin et de Moselle, encadrés par une vingtaine de tracteurs, se sont installés dimanche soir à l’entrée du dépôt pétrolier du port du Rhin « pour bloquer dès 5 h les camions-citernes », a précisé à l’AFP Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin.

La région Grand Est étant « un gros producteur de colza et de betterave (deux biocarburants), on fragilise nos outils, on casse cette filière avec beaucoup d’emplois », a-t-il regretté.

Lundi matin, les agriculteurs ont également prévu d'empêcher l'accès aux dépôts de Dunkerque (Nord), Grigny (Essonne), Gennevilliers (Hauts-de-Seine) ainsi qu'à une autre raffinerie Total à Donges (Loire-Atlantique). 

« N’importons pas l’agriculture »

Le slogan de la FNSEA : « N’importons pas l’agriculture », car cela crée des « distorsions de concurrence ».

« On nous demande beaucoup d’efforts pour améliorer nos produits, sur la qualité, sur l’environnement, ce qui occasionne des coûts supplémentaires. Et dans le même temps, nous subissons de plus en plus d’importations de produits qui faussent la concurrence, et ne correspondent pas aux standards sanitaires et environnementaux qu’on nous impose », explique à l’AFP Jérôme Despey, secrétaire général du syndicat.

L’huile de palme, la goutte de trop

L’huile de palme est loin d’être le seul produit visé, mais c’est « la goutte qui a fait déborder le vase de la colère », ajoute Jérôme Despey.

Ce sont en effet 300 000 tonnes de cette huile, issues de la déforestation en Malaisie ou Indonésie et présentant un très mauvais bilan carbone, qui feront tourner la bioraffinerie de Total à La Mède, près de Marseille, à partir de cet été. Alors que l’agriculture française peut fournir des huiles de tournesol ou de colza, coûtant toutefois plus cher.

Le mouvement est observé avec intérêt par les ONG environnementales, d’ordinaire opposées à la FNSEA sur les dossiers phytosanitaires.

« La FNSEA a longtemps eu le monopole des biocarburants en France avec le colza et le tournesol, et ce monopole est en train d’exploser avec La Mède », souligne Sylvain Angerand, de l’ONG Les Amis de la Terre.

Les paysans en colère espèrent aussi obtenir le soutien des consommateurs, en dénonçant les effets sur le contenu des assiettes d’accords commerciaux internationaux comme le CETA signé par l’Union européenne avec le Canada, ou l’accord UE-Mercosur en négociation avec quatre pays d’Amérique latine.

« La traçabilité de nos produits s’améliore et il n’y a aucune traçabilité sur ces produits importés », s’indigne M. Despey, rappelant les récents scandales sanitaires sur la viande au Brésil.

« La FNSEA n’est pas fermée au commerce international, au contraire, mais elle ne peut plus assumer les distorsions de concurrence induites par certaines importations, sinon cela va être la disparition de l’agriculture française », résume-t-il.

Pas de risque de pénurie de carburant

Le syndicat demande que soit réintroduit dans la loi Alimentation, examinée à partir du 26 juin au Sénat, un amendement sur l’interdiction d’importer toute denrée produite en utilisant des substances phytosanitaires interdites dans l’Union européenne.

Il souhaite aussi que le gouvernement « renonce à son contingent d’importation d’huile de palme », et réclame un allégement du coût du travail salarié de saisonniers, qui est « 27 % plus élevé que la moyenne européenne ».

« C’est la fenaison, ce n’est pas le bon moment, mais on n’a pas eu de problème pour mobiliser, car c’est vraiment le ras-le-bol général », a déclaré Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, qui prépare le blocage du dépôt de Strasbourg pour minuit dimanche.

« Personne ne passera » à partir de lundi matin à l’aube pour entrer ou sortir du dépôt de Dunkerque, a aussi promis Simon Ammeux, président dans le Nord des Jeunes Agriculteurs, associés au mouvement.

 
 

Une pénurie de carburant n’est toutefois pas à craindre dans l’immédiat. Car la France compte au total sept raffineries en activité ainsi que 200 dépôts de carburant, dont environ 90 dépôts principaux. Et l’État dispose de stocks stratégiques pour trois mois.

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