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Amendement glyphosate : des électeurs demandent des comptes à leurs députés

Après le rejet, fin mai, des amendements visant à interdire l'usage du pesticide d'ici trois ans, les députés ont été extrêmement sollicités par leurs concitoyens qui leur réclament des comptes.

«Vous étiez passés où ?» Les députés, de gauche et de la majorité, n’en sont pas revenus. Interpellés dans leur circonscription, par mail ou sur les réseaux sociaux, ils mesurent depuis quelques jours, pour certains avec étonnement, combien l’opinion s’est emparée du débat autour de l’interdiction de l’herbicide, jugé cancérogène par l’Organisation mondiale de la santé.

 

Dans la nuit du 28 au 29 mai, lors de la discussion à l’Assemblée du projet de loi sur l’agriculture et l’alimentation, les amendements visant à interdire l’usage du glyphosate d’ici à 2021 ont été repoussés, y compris celui de Matthieu Orphelin et de 44 de ses collègues LREM. Visant à graver dans la loi l’engagement présidentiel de sortie en trois ans, il n’a été approuvé que par 20 députés. Aux nombreux absents et aux 63 qui ont voté contre, de nombreux électeurs ont demandé des comptes. Pourquoi sur un tel sujet, seuls 85 députés sur 577 sont-ils dans l’hémicycle ? Ainsi, sur les trois groupes de gauche, seuls trois députés étaient présents, un socialiste et un insoumis qui ont voté pour l’interdiction dans la loi et un communiste qui a voté contre l’amendement.

 

Les autres ont rappelé le rythme intensif des débats, après sept jours d’affilée à siéger, dimanche compris, et l’impossibilité pour les petits groupes de tenir la cadence. «Ce n’est pas gênant qu’on nous interpelle, on doit rester à portée de gifle, assume Boris Vallaud (Nouvelle gauche). On explique qu’on a soutenu l’amendement Orphelin mais que LREM a 300 députés alors que nous, on est 30, on doit organiser des rotations. Ce qui est en cause, c’est la manière dont le gouvernement organise un grand désordre.» Sur son blog, François Ruffin (France insoumise) est revenu sur l’épisode après avoir reçu «un paquet de courriels et de remarques sur Facebook» («Un seul député insoumis présent sur 17 sur l’interdiction du glyphosate. Je suis trop déçu !» cite-t-il). Et pointe aussi «un marathon législatif, destiné à épuiser l’opposition».

 

«M. et Mme Tout-le-monde nous en parlent»

Au-delà des questions de présence et d’organisation du Parlement, les députés ont été frappés par l’écho de ce débat chez les Français. Certes, les ONG ont activement pris à témoin l’opinion et fait monter la pression. Sur son site, Agir pour l’environnement a ainsi créé une page indiquant ce «qu’a voté votre député» afin de l'«interpeller» par mail. «J’ai reçu principalement des copier-coller, envoyés automatiquement via ces sites», assure Grégory Besson-Moreau (LREM), qui prépare sa réponse aux 200 requêtes pour justifier son vote contre : «Quand j’explique qu’on tiendra notre engagement, les gens comprennent.»

Reste que les réseaux écolos parviennent à mobiliser contre le principe actif du Roundup de Monsanto bien au-delà du cercle militant. En témoigne le succès des deux pétitions demandant l’interdiction du glyphosate : «J’ai vu que le nombre de signatures montait très vite, à plus de 400 000, a suivi Matthieu Orphelin (LREM). C’est un signal fort, les Français attendent qu’on concrétise notre promesse.»

«Ce sont M. et Mme Tout-le-monde qui viennent nous en parler», remarque Delphine Batho, députée de gauche qui avait déposé son propre amendement pour interdire la substance d’ici 2021. «Il y a une forte volonté de manger sain et responsable et cette exigence n’est plus l’apanage des militants mais se répand très largement», estime Fannette Charvier (LREM), cosignataire de l’amendement d’Orphelin. «On est au début d’une vague sociétale extrêmement puissante, comme le montrent la croissance du bio, le succès du circuit court. Les gens font très attention à ce qu’ils mangent, veulent maîtriser ce qu’ils achètent. Il y a une lame de fond du bien être, du bien manger, du bien vivre», complète Olivier Véran, député LREM et médecin.

Une préoccupation croissante sur la santé alimentaire et l’environnement, qui se cristallise aujourd’hui sur ce pesticide, le plus utilisé en France. «C’est un sujet de passion : le glyphosate est devenu le symbole de tout ce que les gens détestent dans l’agriculture industrielle et Monsanto, celui du capitalisme tel qu’on ne le supporte plus», décrypte Dominique Potier, député socialiste et ancien agriculteur bio, qui n’a toutefois pas voté l’amendement d’interdiction. Dans une lettre qu’il adresse à tous ceux qui l’ont «alerté sur le contenu de la loi»,  il estime, «tout en militant pour une moindre dépendance aux solutions phytopharmaceutiques», que «ce n’est pas au Parlement de décider, molécule par molécule, de l’interdiction de ces produits».

«Pression citoyenne»

Pour Matthieu Orphelin, cette mobilisation s’inscrit dans une série de combats environnementaux qui entrent désormais dans les radars des Français. «Il y a des thèmes comme cela sur lesquels s’exerce une pression citoyenne», décode-t-il, citant les déclics qu’ont constitués les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat sur le climat et la Cop 21, la récente étude sur la disparition des oiseaux ou la lutte pour faire interdire les pesticides néonicotinoïdes dans la loi sur la biodiversité de 2016. «Cela avait été une belle bataille, se souvient Delphine Batho, en pointe, à l’époque pour l’interdiction des pesticides tueurs d’abeilles. Mais sur le glyphosate, c’est encore d’une autre ampleur.» Selon l’ex-ministre de l’Ecologie, le gouvernement a «sous-estimé ce basculement culturel de la population. Comme toujours, la société, dans son souhait d’une alimentation saine, sans pesticide ni perturbateurs endocriniens, est en avance sur un monde politique qui reste conservateur.»

Dans ce contexte, l’argument du gouvernement qui dit préférer accompagner les agriculteurs pour trouver des alternatives en trois ans, n’a guère été audible. «Depuis, on rattrape le coup pour montrer qu’on entend le message et les interrogations des citoyens», reconnaît un député LREM. Tous ont donné des gages, de Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture, qui promet une loi dans trois ans s’il n’y a pas d’avancées, à Christophe Castaner, secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement qui fixe, lui, une échéance à dix-huit ou vingt-quatre mois. Le patron des députés LREM, Richard Ferrand, a, lui, proposé la constitution d’une nouvelle mission parlementaire «pour s’assurer de la protection des travaux». «Le 29 mai, on a perdu le vote mais la cause a marqué un point», sourit Delphine Batho.

 

 

Sources : /www.liberation.fr

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