L’ADN de momies égyptiennes enfin analysé

Les anciens Égyptiens partagent plus de leur patrimoine génétique avec les personnes qui vivaient à l'époque au Proche-Orient que celles qui vivaient en Afrique subsaharienne, alors que les Égyptiens d'aujourd'hui sont plus proches des Africains subsahariens, montre l'analyse génétique de dizaines de momies réalisée par une équipe internationale pilotée par des scientifiques allemands.

 

Les momies égyptiennes ont préservé à travers les millénaires plusieurs caractéristiques du défunt, comme les traits du visage, les signes de maladie, et même les tatouages.

Les scientifiques n’avaient cependant pas réussi à en extraire de l’ADN et en étaient venus à penser que leur matériel génétique avait été détruit par le climat chaud du désert et par la nature des produits chimiques utilisés lors du processus de momification.

Et quand certains affirmaient y être parvenus en 2010, des problèmes de méthodologie et de possibles contaminations des spécimens analysés soulevaient beaucoup de scepticisme dans la communauté scientifique sur la valeur des résultats.

Or, une équipe menée par le généticien allemand Johannes Krause, du Max Planck Institute, a réussi à séquencer le génome de momies datant de 1400 avant à 400 après Jésus-Christ en utilisant les dernières technologies de séquençage.

 

D’hier à aujourd’hui

Dans leur étude, les chercheurs ont examiné la différenciation génétique et la continuité de la population sur une période de 1300 ans. Ils ont ensuite comparé ces résultats aux populations modernes.

Les 151 momies analysées au départ provenaient de deux collections allemandes et avaient pour origine le site archéologique d’Abousir, qui longe le Nil au centre de l’Égypte. L’ADN mitochondrial de 90 momies a été extrait et l’étude d'association pangénomique de trois individus a été réalisée, une première.

La trace d’Alexandre le Grand

L’équipe de chercheurs voulait entre autres déterminer si les populations anciennes de la période étudiée avaient été affectées sur le plan génétique par la conquête et la domination étrangères. Ils voulaient aussi comparer la génétique de ces populations aux populations égyptiennes modernes.

 

Nous voulions vérifier si les conquêtes d'Alexandre le Grand et d'autres puissances étrangères avaient laissé une empreinte génétique sur la population égyptienne ancienne.

Verena Schuenemann, de l’Université de Tuebingen

Proche du Levant

Les résultats montrent donc une similitude avec les populations néolithiques du Levant, plus précisément de l’Anatolie (Turquie) et même de l’Europe.

 

La génétique de la communauté d'Abousir n'a subi aucun changement majeur au cours de la période de 1300 ans que nous avons étudiée, ce qui laisse à penser que la population est restée génétiquement relativement peu affectée par la conquête et la domination étrangères.

Wolfgang Haak, Institut Max Planck

 

Les données montrent que les Égyptiens modernes partagent environ 8 % de plus de leur patrimoine génétique avec les populations d'Afrique subsaharienne que les Égyptiens anciens.

Cela montre donc une augmentation de la mixité génétique avec l'Afrique subsaharienne au cours des 1500 dernières années.

Les facteurs qui ont pu mener à cette réalité :

  • Une plus grande mobilité le long du Nil;
  • Une augmentation du commerce entre les deux groupes;
  • L’augmentation du commerce des esclaves;

Cette étude publiée dans la revue Nature Communications montre clairement qu’il est possible d’utiliser l’ADN ancien afin de préciser et de mieux définir notre compréhension de l’histoire des populations égyptiennes.

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