Russie: Poutine annonce le renforcement de son arsenal nucléaire

Alors que le Pentagone a proposé hier de stationner des armes lourdes dans certains pays d'Europe de l'Est, ce mardi, le président russe Vladimir Poutine a profité de la première édition du Forum international Armia 2015 pour rendre publics certains éléments de la modernisation des forces armées russes. Et il annonce que la Russie va renforcer son arsenal nucléaire.

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Si l'on ne peut pas parler de réponse directe à la proposition du Pentagone, qui doit encore être validée par l'exécutif américain, c'est en tout cas un nouveau pas dans l'escalade militaire entre l'Est et l'Ouest. « Au cours de l'année, les forces nucléaires russes vont être équipées de plus d'une quarantaine de missiles intercontinentaux supplémentaires qui seront capables de déjouer les systèmes de défense les plus sophistiqués », a déclaré Vladimir Poutine.

Le président russe a également annoncé la mise en service de systèmes de radar, capables de détecter des cibles à très longue distance, qui vont être tournés vers l'Occident. Les forces armées russes vont également être équipées de blindés, « sans équivalents dans le monde », a souligné M. Poutine. 

Le président russe s'est également félicité du « perfectionnement » en cours du potentiel militaire des forces aériennes et de la flotte russe, rappelant notamment qu'un nouveau sous-marin lanceur d'ogives nucléaires devrait être mis en service cette année. « Nous espérons, a-t-il conclu, un résultat concret et visible du complexe militaro-technique pour le renforcement de la sécurité de la Russie et de son économie. »

 

Symboliquement, l'implantation du matériel de l'Otan aux frontières de la Russie est difficile à accepter pour les Russes. Le président Poutine a d’ailleurs précisé à son homologue finlandais, qu’il recevait hier en fin de journée : « C’est l’Otan qui arrive à nos frontières et non pas nous qui allons quelque part ». Les Russes estiment d'ailleurs qu’ils ne violent pas les traités de non-prolifération nucléaire, mais que ce sont les Américains qui ne respectent pas leur signature, en déployant des missiles en Pologne et en Roumanie. « Nous serons obligés de pointer nos armes vers les territoires d’où provient la menace », a encore précisé Vladimir Poutine.

Toutefois, et le président russe le dit lui-même, « il s’agit plutôt de signaux politiques qui sont adressés à la Russie ». Alors la Russie adresse aussi un signal politique aux Etats-Unis avec l’annonce du déploiement de ces missiles. Ces engins intercontinentaux constitueraient plus une force de dissuasion qu’une menace réelle.

 

Colère de l’Otan

Cependant, l'annonce par le président Poutine du déploiement de son arsenal nucléaire provoque la colère de l'Otan. L’Alliance dénonce les dangers de cette nouvelle escalade, explique notre bureau de Bruxelles, et évoque des rodomontades nucléaires de la part de la Russie.

Selon Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l'Otan, l'annonce russe est dans le droit fil des nouvelles orientations stratégiques du Kremlin. Elle constitue une suite logique de l'escalade militaire qui depuis l'annexion de la Crimée culmine avec la poursuite des combats en Ukraine.

« Nous avons vu que la Russie investit plus dans sa défense en général et dans les armes nucléaires en particulier. Ils font plus de manœuvres, ils développent de nouvelles armes nucléaires et ils utilisent aussi beaucoup plus la rhétorique nucléaire dans la façon dont ils présentent leurs stratégies et postures de défense. Ce bellicisme nucléaire est injustifié, déstabilisant et dangereux », a réagi Jens Stoltenberg.

L'Otan estime être dans son bon droit en renforçant sa présence militaire à l'Est. C'est justement le déploiement préventif de moyens militaires de l'Otan sur le territoire des alliés orientaux, anciens membres du pacte de Varsovie, qui est avancé par Vladimir Poutine comme justification pour ces nouveaux missiles. De son côté, le président de la Commission européenne ajoute que l'Alliance atlantique est fondée sur le principe de la défense mutuelle en cas d'agression contre l'un des ses membres.

John Kerry se dit « préoccupé »

Le secrétaire d'Etat américain a également exprimé son inquiétude, après l'annonce de Moscou. « Bien sûr je suis préoccupé. Nous avons l'accord START, nous essayons d'aller dans la direction opposée, nous avons bien coopéré depuis les années 90, pour ce qui concerne la destruction d'armes nucléaires, dans les territoires de l'ex-Union Soviétique », a dit John Kerry.

« Personne ne veut un retour en arrière. Personne, à mon avis, ne veut revenir à la guerre froide, a-t-il insisté. C'est peut-être une posture pour négocier, ou exprimer leur préoccupation devant les manœuvres militaires de l'Otan, c'est difficile à dire. Mais nous ne pouvons pas avoir ce genre d'annonce faite par le leader d'un pays puissant et ne pas être préoccupés par les éventuelles conséquences. »
 

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