La Turquie : censure et purges massives

La Turquie interdit les émissions télé de rencontres et bloque l'accès à Wikipedia

photo de Recep Tayyip Erdoğan, Président de la République de Turquie

D'une part, le gouvernement dénonce des programmes pernicieux pour l'institution de la famille. D'autre part, il s'indigne d'être que la Turquie soit placée "sur le même plan" que des groupes extrémistes, dans des articles de l'encyclopédie en ligne. Dans les deux cas, un même souci de contrôler les médias.

Le président Erdogan a relancé les purges dans son pays depuis que les électeurs ont voté en faveur d'un référendum qui lui permet de renforcer ses pouvoirs.

Près de 4000 fonctionnaires révoqués

Le président Recep Tayyip Erdogan poursuit les purges massives dans son pays. Selon un décret publié samedi en vertu de l'état d'urgence imposé après la tentative de coup d'État de juillet 2016, près de 4000 fonctionnaires viennent d'être congédiés. Parmi les 3974 fonctionnaires révoqués, un millier d'employés du ministère de la Justice, un millier dépendant de l'armée, 500 universitaires... Le nom de chacun est écrit noir sur blanc dans le décret. Le 26 avril déjà, quelques jours après la victoire étriquée du président Erdogan à un référendum constitutionnel visant à élargir ses pouvoirs, Ankara a fait arrêter plus de 1000 personnes et suspendu plus de 9100 policiers, soupçonnés d'être des partisans du prédicateur Fethullah Gulen, auquel le président fait porter la responsabilité du coup d'État avorté. Gulen, qui vit aux États-Unis, dément être à l'origine de ce putsch, mais les autorités affirment que les purges sont nécessaires pour éradiquer ce «virus» de la société turque.

Au total, 120.000 personnes ont déjà été renvoyées tant dans l'administration que dans le secteur privé et plus de 40.000 ont été arrêtées depuis le début de la répression.

 

Les émissions de rencontres amoureuses interdites

Dans un décret séparé, le gouvernement s'en prend aussi aux émissions télévisées de rencontres - très populaires dans le pays - toujours au nom de l'état d'urgence: «À la radio et à la télévision, ce type de programmes dans lesquels les personnes sont présentées les unes aux autres pour trouver un petit ami... ne peuvent être autorisés». Le vice-premier ministre Numan Kurtulmus avait déjà préparé le terrain en mars, affirmant que ces programmes ne respectent pas les traditions turques. «Il y a des programmes étranges qui mettent à la casse l'institution de la famille et lui retirent sa noblesse et sa sainteté», avait-il dit. «Si Dieu le veut, dans un proche avenir, nous allons y remédier grâce à des décrets d'urgence».

 

Le site Wikipédia bloqué

Samedi, les autorités turques ont en outre bloqué l'accès à Wikipédia. D'après l'agence de presse progouvernementale Anadolu, cette décision a été prise après que le site a refusé de retirer des articles dans lesquels la Turquie serait «mise sur le même plan» que des groupes extrémistes et accusée de «collaborer» avec eux. L'Autorité des technologies de communication et d'information (BTK) a confirmé ce blocage sans le motiver: «Après une analyse technique et une évaluation juridique basée sur la loi 5651, une mesure administrative a été prise pour le site internet wikipedia.org». La loi 5651, approuvée en 2014 par le Parlement, confère des pouvoirs substantiels à la BTK en matière de régulation d'internet, mais elle est aussi critiquée par les défenseurs de la liberté d'expression qui voient en elle un instrument de musellement. Réagissant au blocage de Wikipédia, son fondateur Jimmy Wales a souligné sur Twitter que «l'accès à l'information est un droit humain fondamental. Peuple turc, je serai toujours à vos côtés pour défendre ce droit».

 

Source : Franceinfo

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