Soupçons de bizutage à la faculté de médecine de Caen : une enquête ouverte

Faculte de medecine de caen les etudiants recales soulages

"Si, c’est grave qu’une jeune femme se sente obligée de photocopier ses seins pour s’intégrer."Le témoignage recueilli par Ouest-France illustre les dérives des week-ends d’intégration organisés par les étudiants de la faculté de médecine de Caen.

 

Manon, son prénom a été changé, raconte le "lâcher-prise" entraîné par l’arrivée en deuxième année, après deux ans à travailler "comme une folle".

 

Une enquête pour des soupçons de bizutage a été ouverte par le parquet de Caen. Deux syndicats étudiants, Sud-Education Calvados et SL Caen ont dénoncé des faits remontant à 2016. Ils ont été alertés en mars dernier par une affiche annonçant le gala de la fac de médecine. On pouvait y voir des hommes en toges romaines entourant, le sourire aux lèvres, une femme à terre, dénudée et ensanglantée.

 

Après avoir obtenu son retrait auprès de la présidence de l'université, les syndicats ont mené une enquête sur les réseaux sociaux et découvert "un bizutage institutionnalisé" sur le groupe Facebook secret de la corpo médecine. Y figurait notamment une liste de 69 commandements à réaliser chaque rentrée par les étudiants de deuxième année afin de marquer des points, preuves vidéo à l'appui. Distillés au compte-gouttes, ils mélangeaient actions louables ("payer un sandwich à un clochard", "faire un don du sang"), blagues potaches et humiliations à caractère sexuel, jusqu'à la réalisation d'un film pornographique. 

 

De quoi instaurer "un climat propice aux relations non consenties et agressions sexuelles", selon Clément, du syndicat étudiant SL Caen, qui pointe la "culture du secret" et "l'omerta" régnant au sein de la corpo médecine, en charge notamment de l'impression des polycopiés nécessaires au suivi des cours.

Un titre de "Miss Chaudasse"

Conséquence directe, les étudiants ont été informés lundi que le week-end d’intégration de cette année était annulé. La décision a été prise par la direction actuelle de la "Corpo", chargée d’organiser les festivités, et par le président de l’université Pierre Denise. Ce dernier avait convoqué les trois précédents présidents de la "Corpo" après avoir reçu le dossier de photos, vidéos et témoignages compilés par les syndicats étudiants.

 

Selon des témoignages rassemblés par Le Monde, les étudiants s’adonnaient lors des années précédentes à des pratiques dégradantes, humiliantes, franchissant régulièrement la limite de la légalité. Les plus "chauds", réunis dans "le groupe A", devaient par exemple "ramper dans la merde, les tripes ou les viscères de poisson et manger de la pâtée pour chien". A chaque fois, il était répété que les "bizuts" n’avaient aucune obligation de réaliser ce genre de geste, mais tout refus était mal-vu. "Tu es implicitement obligé" de t’exécuter raconte un étudiant. Un titre de "Miss Chaudasse" a même été décerné à une jeune femme, sans son consentement.

 

Caractérisé à l’article 225-16-1 du Code pénal, le bizutage est un délit défini comme "le fait pour une personne d'amener autrui, contre son gré ou non, à subir ou à commettre des actes humiliants ou dégradants ou à consommer de l'alcool de manière excessive, lors de manifestations ou de réunions liées aux milieux scolaire, sportif et socio-éducatif" et est puni de six mois d'emprisonnement et de 7.500 euros d'amende.

Date de dernière mise à jour : jeudi, 26 Octobre 2017

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