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Notre-Dame-des-Landes : la violence s’est intensifiée, les deux camps cherchent une issue

Au deuxième jour d’évacuation de la ZAD, le bilan des heurts s’est alourdi. Vingt-huit gendarmes ont été blessés.

Les affrontements se sont intensifiés, mardi 10 avril, sur la ZAD, la « zone à défendre » installée sur le site du projet avorté d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique). Après deux jours d’opération d’évacuation des zadistes, les deux camps semblaient chercher une issue à une situation devenue de plus en plus dangereuse.

Le nombre de blessés n’a cessé d’augmenter tout au long de la journée, certains étant atteints assez sévèrement.

En début de soirée, selon plusieurs sources concordantes, un grave incident, l’explosion d’une grenade, aurait blessé quatre gendarmes, dont un plus sérieusement au pied. Un hélicoptère du centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes a dû se poser dans la soirée à Notre-Dame-des-Landes pour évacuer ce blessé, dans un climat d’« urgence absolue », selon l’expression d’un gendarme, toutes les routes étant complètement fermées au nord de la ZAD. L’accident a eu lieu lors d’une manœuvre de désengagement, de repli, lors de laquelle les gendarmes ont fait usage de grenades. « Deux scénarios sont possibles, soit une mauvaise manipulation, soit un renvoi de la grenade, une enquête est en cours », précisait-on, mercredi, à 6 heures du matin à l’état-major.

Au total, le bilan, côté gendarmes, faisait état de vingt-huit blessés dont la moitié en « traumatismes sonores » causés notamment par l’explosion d’engins agricoles, en fin de journée mardi. A signaler aussi, une blessure sérieuse, une fracture du nez due à un tir de la catapulte utilisée par les opposants, et un choc à la tête.

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L’impasse semble totale

De leur côté, les zadistes ont annoncé, en fin de journée, « une trentaine de personnes traitées au point medic », dont deux personnes blessées gravement qui ont dû être évacuées pour être hospitalisées, et quatre autres traitées pour des blessures jugées sérieuses.

« La plupart des blessures ont été causées par des éclats de grenades désenclerclantes (dont au visage ou au thorax), des tirs de LBD [lanceur de balle de défense de type Flash-Ball] (au niveau thoracique), et des tirs tendus de gaz lacrymogènes, précise l’équipe « medic », dans un communiqué. Par ailleurs depuis la fin d’après midi, de nombreux tirs de grenades GLI-F4 ont été remarqués. L’équipe medic signifie sa vive inquiétude pour les jours à venir. »

Sur le terrain, l’impasse semble totale. Le face à face, ponctué d’avancées et de reculs, des gendarmes mobiles et des zadistes, est de plus en plus violent. Les impressionnants véhicules blindés à roues de la gendarmerie, les VBRG, positionnés sur les petites routes et les chemins du bocage, ont été attaqués à coups de cocktail Molotov dès le début de la matinée.

Les centaines de gendarmes mobiles – l’effectif total envoyé pour cette opération est de 2 500 militaires – qui ont essayé, toute la journée, de progresser sur la route et dans les bois avoisinants ont subi des tirs nourris de projectiles. Des grenades lacrymogènes, déflagrantes (ou assourdissantes), de désencerclement ont été tirées en grand nombre en réponse aux pierres, cocktails incendiaires et même à l’usage d’une imposante catapulte ou d’un trébuchet. Des gendarmes ont à plusieurs reprises utilisé leur LBD.

« Il faut que les destructions cessent »

Toute la journée, sur la route très étroite qui mène du carrefour du Lama fâché aux Fosses noires, ferme emblématique de la lutte contre le projet d’aéroport, l’air était irrespirable et les équipes médicales des zadistes, les « médics », ont eu fort à faire, distribuant sérum, citron ou encore masque pour se protéger des gaz.

 

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Sous la pression, les occupants de la ZAD ont affiché leur volonté de trouver une solution pour éviter que les habitations des « illégaux », ainsi que les désigne le gouvernement, ne soient toutes détruites. En milieu de journée, à La Rolandière, au centre de la zone, ils ont présenté une trentaine de projets d’activité, agricole, artisanale, etc. justifiant, selon eux, le respect de l’intégrité de leurs lieux de vie. Eleveurs de vaches ou de moutons, apiculteur, meunier, menuisier, forgeron, cuisinier, potier, producteur de conserves, forestier, boulanger… ils ont assuré avoir engagé, ou s’apprêter à le faire, des démarches collectives ou associatives.

Choqués par la destruction totale, lundi, de la ferme des 100 noms qui, selon eux, répondaient aux critères exigés par l’Etat, les zadistes et nombre de leurs soutiens disent ne plus avoir confiance en la préfète. « Corentin avait fait la démarche pour les 100 noms, on avait envoyé une demande de rendez-vous à la MSA [Mutualité sociale agricole], les statuts étaient prêts, mais ils sont maintenant sous les décombres de la maison », témoigne Sarah, une habitante de cette ferme.

Les zadistes réclament le retrait des gendarmes mobiles de la zone, le désengagement total pour certains ou un simple recul des forces de l’ordre au niveau de la route départementale 281 pour les autres. « Nous, on est prêts à reprendre le dialogue. Il faut que les destructions cessent, et dès cet instant, on sera disponibles pour se rendre en préfecture pour présenter nos dossiers, nos projets », proclame Benoît, l’un des animateurs de la ZAD.

Une proposition de trêve rejetée par les autorités

Selon lui, la plupart des habitants résidant dans la petite centaine de sites sur la zone, ont « fait des efforts », acceptant de rentrer dans un cadre légal. « Nous avions mis au point une convention globale, mais la préfète n’en veut pas. Alors mettons-nous autour d’une table et discutons pour trouver une solution », insiste le jeune homme.

Cette proposition de trêve ne semblait pas, mardi soir, recueillir un accueil favorable auprès des autorités. « Il n’y a pas de solution collective possible, seules les conventions individuelles sont acceptées », a réaffirmé la préfète des Pays de la Loire, Nicole Klein. « Je suis prête à étudier tout projet individuel, même s’il n’est pas finalisé, même s’il est regroupé dans un cadre collectif associatif, du moment qu’il est, au départ, individuel, nominal », explique-t-elle. Selon elle, sept projets associatifs auraient été déposés dans les derniers jours.

En fin de journée, mardi, la préfète, accompagnée du général Richard Lizurey, directeur général de la gendarmerie nationale, a tenu une conférence de presse, à Nantes, pour faire le bilan de cette deuxième journée. Seize expulsions ont été réalisées, sur les deux journées d’intervention, et les sites sur lesquels elles ont été effectuées ont été détruits, à une exception près. « Il est difficile d’apprécier le nombre de personnes concernées par ces expulsions, puisque la plupart de ces lieux étaient vides quand nous sommes intervenus, mais on peut tabler sur environ 70 personnes expulsées », a précisé Mme Klein.

Nouvelles manifestations dans les prochains jours

Par ailleurs, l’objectif initial annoncé par le premier ministre, Edouard Philippe, de quarante sites à expulser serait revu à la baisse. « Le ministre de l’intérieur [Gérard Collomb] a parlé ce matin d’une trentaine, un chiffre que l’on atteindra, mais le gouvernement peut redéfinir cet objectif », a précisé mardi Nicole Klein, en réaffirmant qu’aucun bâti en dur ne serait touché.

Selon nos dernières informations, l’opération d’expulsion pourrait s’arrêter « très prochainement ».

Pour protester contre l’intervention des gendarmes mobiles dans la ZAD, et la destruction de nombreux lieux de vie, des manifestations sont prévues dans les prochains jours. Mercredi midi, l’assemblée du mouvement (regroupant associations et habitants de la zone), appelle à un pique-nique au camping des Cheveux blancs, au cœur de la zone. Samedi, une manifestation doit se dérouler en fin d’après-midi dans le centre-ville de Nantes et dimanche, les occupants espèrent voir de nombreux soutiens converger vers la ZAD.

 

Source : lemonde.fr, RT France

 

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