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Vente de semences anciennes : une association de l'Ariège décide d'enfreindre la loi

Un mois après la décision du Conseil Constitutionnel d’annuler 23 articles de la loi Egalim, dont un sur les semences anciennes, Kokopelli continue son activité. En toute illégalité.

« Le Conseil Constitutionnel qui retoque autant d’articles, c’est historique ! », s’exclame Ananda Guillet, président de l’association Kokopelli qui distribue des semences libres de droits et reproductibles. « Nous vivons dans une démocratie factice ». Alors que le 2 octobre, la loi Egalim, autorisant, entre autres, la vente de semences anciennes, était votée par l’Assemblée Nationale, il n’aura fallu que 21 jours au Conseil Consitutionnel pour en censurer 23 articles.

 

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Parmi eux, l’article 78 légalisait la libre distribution des variétés non inscrites au catalogue européen à des utilisateurs finaux non professionnels. « Cet article permettait de rendre légale une partie du travail de Kokopelli », explique Ananda Guillet, qui a repris en 2018 les rênes de l’association fondée par ses parents.

Ananda Guillet a pris la présidence de Kokopelli à la suite de ses parents./ Photo DDM, C. P.

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Après saisine du Conseil Constitutionnel par plus de soixante sénateurs qui jugeaient ces articles « anticonstitutionnels », celui-ci a décidé de les annuler estimant qu’ils représentaient des « cavaliers législatifs », à savoir exempts de lien avec la loi. « Nous ne sommes pas dans ce cas-là. Les semences ont un lien direct avec l’agriculture et l’alimentation », estime Ananda Guillet qui blâme le poids des lobbys agro-industriels.

Lanceurs d’alerte

"L’agriculture est née il y a 45 000 ans alors que l’agro-industrie, telle que nous la connaissons, date de la Seconde Guerre Mondiale », explique-t-il. « Ce qui est illégal aujourd’hui existe en fait depuis des dizaines de milliers d’années. Les agriculteurs ont toujours échangé et reproduit leurs semences. C’est une industrie récente qui a décidé de changer ces règles fondées sur la gratuité et la libre distribution."

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Se considérant comme des lanceurs d'alerte, les membres de Kokopelli ne comptent pas s’arrêter là, bien au contraire. « Cela fait vingt ans que nous faisons notre travail dans l’illégalité et nous allons continuer. Pour nous, cela ne change rien », affirme leur président. L'association, dont le siège est installé depuis l’an dernier dans un nouveau bâtiment entièrement éco-construit au Mas d'Azil, compte aujourd’hui entre dix et douze mille adhérents et près de 130 000 comptes clients dans sa base de données et a envoyé en 2017 plus de 700 000 sachets de semences en France et à l'étranger.

Le chiffre : 20

Anniversaire. Kokopellli fêtera l'année prochaine ses vingt ans d'existence. Créée par Dominique et Sopfy Guillet et Jocelyn Moulin en 1999, l'association est installée en Ariège depuis 2013.


Semeurs « sans frontières »

Si la vente des semences permet à Kokopelli de vivre sans subventions, ce n’est pourtant pas sa seule activité. Le programme « Semences sans frontières » occupe aujourd’hui une place importante dans l’organisation de l’association.

« Depuis l’an 2000, nous envoyons chaque année entre 300 et 400 colis de semences libres et reproductibles à des communautés qui n’y ont plus du tout accès, principalement en Asie et en Afrique », explique Anita Siegfried, responsable de la communication. « Cette campagne fait particulièrement sens pour nous, car elle permet de donner les bases pour retrouver son autonomie semencière et alimentaire. »

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