Réchauffement de la planète


Les représentants des 17 pays les plus pollueurs de la planète se sont retrouvés les 25 et 26 mai à Paris pour préparer leur réunion de juillet en Italie, en marge du G8. Objectif : trouver un consensus pour stopper un réchauffement climatique annoncé, en vue du futur accord de Copenhague qui devrait voir le jour en décembre. Une belle occasion pour une dizaine d’ONG internationales de lancer hier un « ultimatum climatique » pour sensibiliser l’opinion publique et faire pression sur des politiques jugés trop « passifs ».
Le rythme des conférences internationales liées au changement climatique s’accélère. Cette fin de Printemps est particulièrement chargée pour les décideurs de la planète à la veille du deuxième round de négociation sur le climat qui sera conduit à Bonn du 1er au 12 juin. Environ 3000 participants sont attendus pour cet événement sous l’égide de l’ONU où sera déposé le premier « brouillon » du futur accord sur le climat qui devrait voir le jour en décembre à Copenhague. Il remplacera le Protocole de Kyoto qui arrive à échéance en 2012. La succession de rencontres préalables a des allures de marathon : G8 énergie à Rome le 24 mai, MEF à Paris les 25 et 26 mai (Major Economies Forum on Energy and Climate), Sommet industriel mondial à Copenhague du 24 au 26 mai (World Business Summit on Climate Change) et Conférence sur le marché du carbone à Barcelone du 27 au 29 mai (Global Carbon Market Fair and Conference). 

L’UE modèle vertueux ?

En attendant, tous les regards sont tournés aujourd’hui sur Paris où s’achève la deuxième réunion préparatoire des 17 pays membres (1) du Forum des économies majeures sur l’énergie et le climat (MEF), dont les chefs d’Etat se retrouveront en juillet dans la foulée du G8 en Italie. Les négociateurs du MEF, considérés comme les états les plus pollueurs, discutent depuis hier à huis clos d’objectifs en termes de dates et de réduction des émissions, ainsi que de technologies vertes comme le stockage du carbone et l’efficacité énergétique des bâtiments. Principal dossier épineux et sujet de discorde : le financement d’une aide de 100 milliards de dollars par an pour aider les pays pauvres à faire face au changement climatique. « Les pays industrialisés n’ont pas de position commune et les pays en développement ne sont pas prêts à se fixer des objectifs de réduction », a commenté hier le ministre allemand de l’Environnement Sigmar Gabriel.
Les défenseurs de l’environnement estiment également que les propositions des pays riches en vue de Copenhague ne sont pas assez ambitieuses. En marge du MEF, une dizaine d’ONG ont annoncé lundi 25 mai le lancement d’une campagne baptisée « l’ultimatum climatique », qui appelle le président français Nicolas Sarkozy à agir avec « ambition et détermination » lors de la conférence de Copenhague de décembre, et vise à réunir un million de signatures sur Internet. Parmi les associations à l’origine de l’initiative : CARE, Greenpeace, WWF, la Fondation Nicolas Hulot, Action contre la faim Médecins du monde, Oxfam France et Les Amis de la terre. L’enjeu est important car l’Union européenne affirme vouloir se poser en modèle et en moteur lors de la conférence de Copenhague qui, en décembre, devra décider de la suite à donner au Protocole de Kyoto. Pour l’instant, elle met en avant son plan climat, dit « 3 fois 20 », véritable fer de lance d’une Europe de l’environnement à l’horizon 2020. Au programme : augmenter de 20 % l’efficacité énergétique, réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) et booster la part des renouvelables à 20 % du bouquet énergétique (contre 8,5% seulement aujourd’hui). 

Un objectif américain jugé « timoré »

De son côté, l’Amérique compte bien également faire entendre sa voix, après des années Bush plutôt favorable à un laissez-faire économique. En m arge du MEF, les représentants américains doivent indiquer aujourd’hui à Paris la position des Etats-Unis. Todd Stern et Michael Froman, en charge de la conduite des négociations internationales en vue de la préparation du Sommet de Copenhague en décembre prochain, devraient rappeler l’objectif de l’administration de Barack Obama : une réduction d’ici à 2020 des émissions de GES de 14% à 15% par rapport à leur niveau de 2005. Une diminution qui pourrait même être portée à 20% par le Congrès américain. Si « l’effort » est salué par une partie de l’opinion publique, il parait encore bien « timoré » de la part de la première puissance mondiale aux yeux des écologistes mais aussi des scientifiques du Giec qui réclament une baisse pouvant aller jusqu’à 40 % des GES dans les pays riches d’ici à 2020 (par rapport à leurs émissions de 1990). Les positions du Secrétaire d’état américain à l’énergie, le Prix Nobel Steven Chu, ont également déçu. Ce fervent défenseur d’une économie « verte » n’a pas hésité à annoncer il y a quelques semaines le développement de nouvelles centrales à charbon et la réduction des crédits de recherche sur les moteurs à hydrogène. Pragmatisme économique et environnement ne font pas toujours bon ménage en temps de crise au pays de l’Oncle Sam.
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